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Anciens de Midi Gascogne

LA MAUVE MUSQUEE

Malva Moschata, la mauve musquée

En empruntant le GR70, le chemin suivi par Robert Louis Stevenson, alors accompagné de son ânesse Modestine, vous traversez le département de la Haute-Loire, vous effleurez celui de l’Ardèche puis vous pénétrez en Lozère. C’est au mois de septembre, donc en fin d’été, que nous parcourûmes avec quelques amis ces vastes territoires du massif central. En cette saison, les fleurs se font rare : Quelques campanules à feuilles rondes émergent encore. Parfois, au bord du chemin, se penche la bruyère ou callune célèbre grâce à notre grand poète Victor Hugo et son poème dans « Les Contemplations » :

 « Demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Je partirai, Vois-tu, je sais que tu m’attends.

J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. »

Cependant, la fleur qui nous intéresse aujourd’hui, apparait soudain dans le département de la Lozère (ici, les nuits sont certainement moins froides et le sol est plutôt siliceux). Après avoir traversé Langogne, en marchant vers Saint-Flour-de-Mercoire. Elle surgit au milieu d’un champs pâturé, elle éclaire un bord de route, elle se dresse sur un accoté et ses belles fleurs se balancent sous une légère brise. Oui, la mauve musquée est bien jolie. Aussi, je ne résiste pas à l’envie de vous la présenter. Tout d’abord, ce sont ses fleurs qui attirent l’œil. Elles sont solitaires ou regroupées par 2 ou 3 à l’aisselle des feuilles, portées par un court pédoncule floral velu. Ces fleurs sont assez grandes, 4 à 6 cm, de couleur rose pâle, parfois presque blanche. Elles sont composées de cinq longs et fins pétales libres, finement veinés et échancrés au sommet. Ils entourent le gynécée1 muni d’un style mauve où les étamines de couleur rose parme, se soudent lui donnant une terminaison en plumeau. Les fleurs se referment la nuit, en s’enroulant en spirale.

Le calice2 présente des lobes largement triangulaires. Il continue de végéter et de s’accroitre après la floraison formant une sorte de coupe où les fruits se développeront.

La mauve musquée présente un calicule3. Il est formé de folioles linéaires et étroites aussi longues qu’un lobe du calice et atténuées aux 2 extrémités.

Les tiges sont dressées, arrondies avec des poils simples. Elle est de couleur pourpre à la base. La plante peut atteindre 30 à 100 cm.

Les feuilles à la base de la plante sont rondes, divisées en 5 à 7 lobes étroits peu découpés. Les feuilles supérieures sont palmées et très finement divisées. Toutes les feuilles dégagent un léger parfum de musc.

Les fruits sont des carpelles velus noircissant à maturité.

La mauve musquée est donc une plante vivace, herbacée appartenant à la famille des Malvaceae. Elle est parsemée de poils et considérée par les anciens, grecs ou romains, comme apte à élever les âmes vers la lumière. Elle a été utilisée pour ses propriétés apaisantes. Pythagore la recommandait en tisane à ses élèves pour adoucir les passions et pacifier l’esprit.

De culture facile, la mauve musquée peut trouver une place au jardin où elle l’embellira de son abondante floraison.

Un maxime populaire espagnol dit bien :

 «Con un huerto y un malva hay medicina para un hogar.» (Un jardin potager et de la Mauve constituent des remèdes suffisant pour un foyer.) 

 

Glossaire

  1. Le gynécée en botanique est le pistil, l’organe femelle des plantes à fleurs, renfermant l’ovaire
    2. Le calice en botanique est constitué par l’ensemble des sépales. Il est généralement de couleur verte et protège la fleur en développement.
  2. Le calicule est un petit calice accessoire placé sous le calice

 

Côté POESIE...

Les animaux malades de la Peste

 Second recueil dédié à Madame de Montespan, Livre VII, Fable 1

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger. Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet. Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

 

Jean de La Fontaine (1621-1695), Fables, 1678-1679.

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