La bugle rampante : Ajuga reptans

La bugle rampante

En observant les fleurs à deux lèvres de la famille du Bugle, Pline l’Ancien croit voir une gorge ou un gosier qu’il assimile à « Lamia » une ogresse croque-mitaine de la mythologie grecque. Aussi s’empare-t-il du nom de ce personnage pour appeler la famille du Bugle : Lamiaceae. Notons que, dans cette famille, la lèvre supérieure en forme de casque est constituée de deux pétales soudés. Son rôle est de protéger les organes reproducteurs des intempéries et du soleil. La lèvre inférieure, elle, est formée de 3 pétales soudés et sert de piste d’atterrissage à l’insecte qui vient chercher le nectar.

Cependant, le genre Ajuga où est classé notre Bugle rampante, se caractérise par une corolle c où la lèvre supérieure est très courte d’où le « a » privatif dans Ajuga qui signifie « sans joue », « sans lèvre ». Les fleurs de ce genre possèdent aussi un anneau de poils à l’intérieur du tube de la corolle. Ces caractères se retrouvent donc chez la bugle rampante. La lèvre inférieure, elle, s’étale en trois lobes. Les botanistes disent qu’elle est trilobée.

Cette Bugle s’appelle rampante parce qu’elle projette à partir de sa souche de longs rejets filiformes que les botanistes appellent « stolons ». Ces stolons s’étirent au ras du sol pour étendre le domaine de la Bugle qui constitue de la sorte, ces fameuses petites colonies.

La Bugle rampante possède une tige simple, carrée et dressée. Elle est velue seulement, sur deux faces opposées. Les feuilles sont en forme de spatules crénelées formant une rosette au pied de la plante. Puis, les quatre faces de cette tige alternent les paires de feuilles opposées.

A la floraison, la bugle rampante s’expose avec un épi e composé de six à douze petites fleurs allant du bleu au bleu violacé. Toutes ces fleurs se superposent sur cette structure quadrangulaire dressée, chaque fleur étant séparée de sa voisine par un élément floral appelé « bractée b ». Chez la Bugle rampante, les bractées sont ovales, avec des bords velus, plus larges à la base qu’au sommet, devenant brun vers le haut.

Remarque : Sur les pétales des fleurs se dessinent des traits fins qui semblent guider et orienter les insectes, les polinisateurs, vers le nectar. Les botanistes appellent ces traits des « guides de nectar ».

Les fruits de la Bugle sont insignifiants. Ils sont insérés au creux du calice c persistant. Ils mesurent à peine deux millimètres et se divisent en quatre akènes a contenant chacun une toute petite graine qui ne germera que très rarement.

Autrefois, la Bugle rampante était cultivée pour être consommée en salade au même titre que la mâche et le cresson. Les bénédictins et bénédictines la cultivaient pour confectionner une potion d’Ajuga reptans contre les diarrhées et une lotion indiquée dans le traitement des plaies. Toujours, dans la cicatrisation, la Bugle rampante a également été utilisée en cataplasme c que l’on posait sur les blessures. Cependant, le plus souvent, les feuilles fraîches étaient directement appliquées sur les plaies.

La floraison de la Bugle rampante s’étale de la moitié du printemps jusqu’à la fin de l’été, alors en espérant que vous prendrez plaisir à la rechercher au bord des chemins, lors de vos balades « rafraîchissantes » en forêt, je vous souhaite un bel été.

Lexique :

A

– Un akène est un fruit sec qui ne s’ouvre pas spontanément à la maturité, qui ne contient qu’une seule graine et dont l’enveloppe du fruit, appelée péricarpe, lequel durcit plus ou moins, n’est pas soudée à la graine.

B

– Une bractée est une pièce florale en forme de feuille.

C

– Le calice est formé de pièces le plus souvent appelées sépales. Il assure la protection de la fleur en un bouton floral qui s’ouvrira avec l’épanouissement de la fleur.

– Un cataplasme est un emplâtre e sous la forme d’une bouillie qu’on applique sur une partie du corps.

– La corolle désigne la partie de la fleur formée par l’ensemble de ses pétales.

E

– Un emplâtre est un médicament solide et glutineux, qui se ramollit par la chaleur et qu’on applique sur telle ou telle partie du corps, après l’avoir étendu sur une toile.

– Un épi est une inflorescence i simple. Il s’agit, en réalité d’une grappe dont les fleurs sont sessiles, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas de pédoncules floral et sont directement attachées et serrées sur la tige. Cela donne à l’inflorescence une forme dense, étroite, allongée, en pointe.

I

– Une inflorescence est la disposition des fleurs sur la tige d’une plante à fleur.