Neotinea ustulata

Neotinea ustulata, la Néotinée brulée, l’Orchis brulé

Si vous connaissez la chanson « c’est le printemps » d’Henri Dès :

 

 

« J’suis content, c’est l’printemps
Aujourd’hui j’ai rien à faire
Quelle aubaine, turlutaine
Je marche le nez en l’air
J’suis content, c’est l’printemps… »

 

voilà ce que je vous propose : d’oublier l’hiver, de sortir enfin de la maison et de marcher le nez en l’air. Heu, rectifions : Regardons plutôt où nous posons les pieds, on ne sait jamais nous pourrions peut-être rencontrer une fleur qui se fait extrêmement discrète, au point parfois de se laisser piétiner. Je veux parler de Neotinea ustulata, la Néotinée brulée, l’Orchis brulé.

Cette toute petite plante appartient à la famille des Orchidées, (Orchidaceae, dirait les botanistes de nos jours). Il s’agit d’une bien jolie orchidée sauvage de nos régions. Aussi m’a-t-il paru intéressant de vous la présenter.

Les espèces du genre Neotinea sont du continent européen.

Pour comprendre Neotinea ustulata, il faut se pencher sur le sens étymologique de son nom : pour le nom de genre « Neotinea», on trouve « neos » qui veut dire « jeune » et « teinô » qui signifie « je prolonge ». Donc « Neotinea » évoque l’idée de « maintien de la jeunesse ». Et nous voilà avec un fabuleux programme surtout au printemps, cette nouvelle saison où la vie semble reprendre pour la plus grande joie de tous.

Pour le nom d’espèce « ustulata », étymologiquement, vient du verbe latin « uro, ere, ussi, ustum, ustula » qui signifie « brûler ».

Que faut-il percevoir de toutes ces informations ? Tout simplement que les jeunes fleurs seraient brulées ? Allons tout de suite vérifier cet état de fait en découvrant la plante sur le terrain.

Attention, ouvrez grands les yeux, car la Néotinée brulée mesure 10 à 15 cm. C’est donc une plante naine à petite. Elle dépasse rarement cette taille pour atteindre un maximum de 50 cm dans les meilleures conditions de vie, ce qui est, vous vous en doutez, exceptionnel. Elle préfère s’installer sur des sols calcaires relativement secs ou faiblement acide, dans ce dernier cas, toujours bien frais. C’est une orchidée de pleine lumière qui pousse sur des prairies de préférence de fauche. En effet, dans les prairies abandonnées, elle disparait. Elle ne résiste pas à la concurrence. On peut la trouver aussi sur des pelouses, en lisière ou en bords de route.

Si vous partez en balade fin février, vous verrez parfois des rosettes de feuilles de couleur vert bleuté et brillantes. Elles ne sont pas tachetées. A ce stade, les feuilles ne vous permettrons pas d’identifier spécifiquement Neotinea ustulata, à moins de l’avoir déjà découverte de l’année précédente. Il faudra donc attendre pour revenir début avril. A ce moment-là, vous devriez découvrir une tige florale qui démarre du cœur de la rosette de feuilles. Elle porte à son sommet, un épi cylindrique composé de nombreuses fleurs en bouton de couleur brun rouge feu. C’est à ce stade que le nom d’espèce « ustulata » prend tout son sens. En effet, la couleur rouge brulé est caractéristique de cette orchidée. Disposées en épi dense, les fleurs très petites vont ensuite, commencer à s’ouvrir en débutant pas la base de l’épi. Les sépales et pétales forment ce que les botanistes appellent le casque qui va garder encore un certain temps cette couleur rouge brulé pour s’éclaircir avec le temps laissant apparaitre des nervures de couleur rouge plus foncé. Il finira par blanchir adoptant en fin de floraison la couleur du lait qui ternira en se fanant.

Le labelle profondément découpé en trois lobes évoque la forme d’un corps ayant deux bras et deux courtes jambes. Les deux lobes latéraux s’étalent en effet, sur les côtés simulant des bras et le lobe médian est profondément découpé laissant apparaître deux longues dents semblable à deux petites jambes. Tout le labelle, de couleur blanche, est parsemé de macules pourpre à rouge brulé. Il est aisé alors d’imaginer que l’épi porte ainsi de  nombreux petits pierrots lunaires. C’est là, le charme de cette petite Néotinée.

L’épi mettra environ un mois pour que toutes ses fleurs s’épanouissent. Il gardera donc longtemps une pointe de couleur rouge brulé puisque ce sont les fleurs apicales qui s’épanouiront en dernier.

Maintenant, si l’on se penche un peu, histoire de se rapprocher de cet épi, on aperçoit, à l’arrière de chaque fleur, un petit éperon courbé vers le bas. Et à cet instant, prenez la peine de sentir le bouquet floral. Vous y reconnaitrez une nuance de vanille et les plus chanceux, distingueront également une note chocolat. Ce parfum, c’est le cadeau offert gratuitement par Neotinea ustulata. C’est exquis, du pur bonheur.

Quels sont les insectes attirés par ce curieux parfum sucré ? Ce sont bien évidemment, d’abord les plus gourmands :  les diptères, c’est dire les mouches, les grosses mouches noires mais aussi les syrphes, de petites mouches déguisées en guêpes. Sur l’Orchis brulé, il n’est pas rare aussi d’y apercevoir une Œdémère, un insecte vert très brillant au corps allongé et fin. On appelle tous ces insectes des pollinisateurs.

En été, si les tiges ne sont pas dévorées, ni écrasées par un passant qui marcherait le nez en l’air, les fruits appelés chez Neotinea ustulata, capsules, libèreront de nombreuses et minuscules graines susceptibles de donner une nouvelle plante. Ainsi va la vie.

Mentionné comme étant commun à la fin du XIXe siècle, la Néotinée brulée est de nos jours, une espèce protégée dans plusieurs régions de France. Il est donc interdit de la cueillir. Par contre, si le hasard vous permet de la trouver, alors n’hésitez pas, offrez-vous le luxe de la photographier dans tous ses états. Vous obtiendrez là de merveilleuses photos, de véritable bijoux. Bonne chance les chasseurs d’images et bon printemps.